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24 mars 2011 4 24 /03 /mars /2011 05:44

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Il ait des films dont on a toujours entendu parler et que l'on n'a jamais vu et Citizen Kane en fait partie. J'ai toujours entendu dire qu'il était le "meilleur film de l'histoire du cinéma", comme si une oeuvre pouvait être pesée à l'aune de l'excellence cinématographique, son essence gravée à jamais dans le marbre !

Il est vrai que le film de Welles est au firmament, dans les classements, et est depuis 30 ans au top 1 de l'American Film Institute, genre de classement intéressant mais fort subjectif, très à la mode à notre époque, mais dont il faut se méfier ! Sur le site le plus complet sur le cinéma et le plus fréquenté au moknde, Imdb, le film le mieux noté reste Les Evadés, de Frank Darabont, avec Morgan Freeman et Tim Robbins, et, sans manquer de respect à Darabont, je ne pense pas que son opus carcéral soit le meilleur film de l'histoire du cinéma et j'ai connu meilleur film sur l'univers de la prison !

Ce dernier exemple illustre bien la fragilité du jugement humain, lorsqu'il s'agit d'art et sur le clivage entre critiques de cinéma et choix du public, antagonisme que l'on va retrouver avec Citizen Kane, encensé par la critique, boudé par le public, puisque Welles perdra 150 000 $ sur ce film, somme considérable en 1941 !

Emerveillé par sa Soif du Mal, je me préparais donc à un choc visuel en mirant le Citoyen Kane ...et, malheureusement, malgré les prouesses visuelles et l'originalité du scénario, je suis resté sur ma faim ! En fait, je ne suis jamais vraiment entré dans le film, ni dans la propriété de Kane,

 

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la mythique et mystérieuse Xanadu,

 

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forteresse isolée, sur son promontoire rocheux, qui m'a rappelé les châteaux inquiétants des films fantastiques d'Universal, Dracula et Frankestein, clin d'oeil de Welles à la créativité de ce cinéma là !

Magnat de la presse immensément riche, Charles Foster Kane se meurt, le substantif "Rosebud" étant le dernier mot chuchoté, clôturant une vie bien remplie ! Terme freudien, mi-enfantin, mi-sexuel, qui peut renvoyer à quelques douceurs sucrées ou à une partie très intime de l'anatomie féminine, Rosebud sera le fil conducteur de l'histoire, Graal sémantique que rechercheront les chevaliers de l'investigation journalistique !

 

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La mort de ce tycoon richissime va alors se propager dans le monde, faisant la Une dans tous les pays,

 

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une opportunité pour revenir sur la vie incroyable de ce titan de la presse écrite et radio-diffusée,

 

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dont l'enfance a été volée !

 

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Citizen Kane, jeune rentier milliardaire, va alors se lancer à l'assaut de l'Inquirer, journal quotidien, pour débusquer les turpitudes des puissants et défendre les droits des opprimés,

 

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Robin des bois de papier qui désespérera ses conseillers ! Construit à coups de nombreux flash-back, mêlant scènes de la vie de Kane,

 

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témoignages de proches, et travail des investigateurs,

 

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le film peut se targuer d'une double modernité :

- modernité narrative, avec la construction de tous ces récits enchâssés, qui a du trancher avec l'académisme de l'époque, et qu'on pourrait comparer à la révolution grammaticale de la Nouvelle Vague, au début des années 60, qui a du séduire le critique et décontenancer le grand public !

- modernité visuelle, avec ces jeux d'ombres et de lumières, très caravagesques, ces plongées et contre-plongées,

 

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qui feront la marque de fabrique de Welles, et qui ont du époustoufler le critique des années 40, plus habitués au plan américain, qu'à ces vertigineuses prises de vues que n'auraient pas renier Véronèse !

Visuellement, le film est innovant, inventant une grammaire cinématographique nouvelle qui sera le bréviaire de Welles,

 

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narrativement originale, l'histoire emporte le spectateur dans un tourbillon de récits différents, entre la biographie et le documentaire, exercice intellectuellement exigeant qui a du ravir le critique new-yorkais !

Mais alors ...pourquoi ne suis je pas entré dans le film ? Car cette oeuvre ressemble à une équation mathématique, finement ciselée, à la logique implacable, mais à laquelle il manque l'émotion ...Il y a une froideur chez Welles qui n'a d'égale que la rigueur cartésienne avec laquelle il pense ses films ! Si Citizen Kane a pu impressionner, par sa nouveauté, le public averti de l'époque, à juste titre, 70 ans plus tard, ce fumet de modernité radicale a disparu, laissant l'histoire à nue, dans sa sécheresse baroque !

 

no trepassing

 


 


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Published by Tietie007 - dans Drame américain
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commentaires

Tietie007 28/03/2011 11:40


Un peu de ça ...et surtout, je préfère très largement La Soif du Mal, formellement exceptionnel !


Phil Siné 28/03/2011 09:55


un film trop rigoureux pour etre émouvant en somme ?
faudrait que je le revois, j'étais ado quand je l'avais vu... il passait d'ailleurs récemment dans un ciné de la rue champolion... j'imagine qu'il est déjà reparti de l'affiche... ;)


Squizzz 24/03/2011 19:41


Je suis assez d'accord avec ton analyse. Moi aussi quand j'ai découvert "Citizen Kane", avec la réputation qui le précède, je m'attendais à être subjugué. Et ça a été vrai pour les plans qui sont
magistralement maîtrisés. Maintenant je suis d'accord qu'il manque d'émotion, peut-être à cause de la rigueur formelle. Ou peut-être que le regard des spectateurs a trop changé en 70 ans...


Tietie007 24/03/2011 14:42


Merci Christophe, je mettrai aussi un lien vers ton blog. Curieux cette phrase de Welles, car je ne vois pas trop de lien entre le cinéma de Ford et celui de Welles. Ford a plutôt un style assez
académique, en tout cas, après guerre, et à part son "cadre dans le cadre", j'ai rarement vu une grande originalité formelle chez Ford, à part dans Stagecoach et le cultissime, Les raisins de la
colère.


Christophe 24/03/2011 14:21


Jolie analyse de ce film mythique, que pour ma part j'ai beaucoup aimé. Ce que tu dis sur la modernité narrative est juste, même si l'emploi de certaines techniques, comme le recours au flashback,
avait été utilisé avant (voir mon article sur Le jour se lève, de Carné). Même chose pour son jeu des plongées et contre-plongées, qu'on voit déjà chez Ford (d'ailleurs, Welles disait que les
réalisateurs qui l'avaient le lpus influencé étaient "Ford, Ford et Ford". Welles a surtout systématisé ces éléments... En tous cas, site très intéressant, que je vais référencer sur mon blog. Et
merci pour ta visite !