Ne nous fâchons pas, mis en scène par Georges Lautner, en 1966, est dans la droite lignée des Pissenlits par la racine et des Tontons flingueurs, farces policières délirantes portées par une galerie de comédiens inspirée et par les dialogues savoureux de Michel Audiard ! Ici, on retrouve donc ces "gueules" de seconds rôles qui ont fait la richesse du cinéma français de l'après-guerre, comme André Pousse, cycliste reconverti, et dans le film "représentant en souvenirs",
le fidèle Robert Dalban, le "Yes, Sir", des Tontons, ici en embaumeur officieux,
et la future voix de Columbo, Serge Sauvion, dans le rôle du commissaire qui entend les explications de Ventura//Antoine Beretto, au début, concernant les coups portés sur trois automobilistes !
Mais le coeur de l'histoire est une redite de la "guerre de cent ans", reformulée par Michel Audiard et Georges Lautner, entre le colonel McLean et ses Beatles,
anglais "so british", et Antoine Beretto, truand retiré des affaires et désormais honnête commerçant à Collioure,
accompagné de son fidèle Jeff, restaurateur, spécialiste du Homard, sur la Riviera !
L'objet du litige entre les français et l'anglais ? Un certain Léonard Michalon, joué par l'ineffable Jean Lefebvre,
faux bênet,
et vrai escroc,
qui profite de sa tête de "ravi du village",
pour repasser les gogos du tiercé, en leur refilant des tuyaux bidons !
Le Léonard va vite se révéler un gros boulet, menteur comme un arracheur de dents,
défendu, à l'insu de son plein gré, de la furia britannique, par Antoine Beretto, qui doit récupérer quelques talbins que lui doit le bonhomme !
Mais voilà, le colonel McLean veut aussi voir le sieur Michalon, et celui-ci n'est guère d'accord,
faisant tourner en bourrique Jeff//Michel Constantin,
et Lino Ventura !
Quelques baffes vont alors convaincre le Léonard, fléau des temps modernes, d'aller faire un petit tour chez les anglais, au cap d'Antibes en échange d'un protégé du Colonel !
Mais voilà, celui-ci à des projets qui ne sont pas très catholiques,
et ce malin de Michalon le pressent assez vite,
profitant d'une fête villageoise,
pour prendre la poudre d'escampette et se noyer dans la dive bouteille !
Le "so British" McLean,
et ses Beatles,
ont aussi prévu quelques joyeusetés pour Antoine et Jeff, qui gardent leur otage d'anglais !
Le "garçon dans le vent",
a emmené avec lui une montre un peu spéciale,
qui peut faire "boom" après un savant réglage !
Nos deux compères comprennent le petit manège, après un saut de l'ange de l'anglais, renvoyant le joujou explosif à l'envoyeur !
Lino//Beretto, comprend vite que son Léonard est en danger, et se rue avec une Renault 8 Gordini, chez le colonel, où il est reçu avec une poignée de plombs !
Mais le duo d'anciens truands va malgré tout retomber sur un Michalon aviné,
qui va se prendre une nouvelle soupe de phalanges !
Tout penaud après sa cuite carabinée,
Léonard se la joue profil bas,
pour ne pas couper l'appétit d'un Ventura excédé par les frasques du guignolo aux airs de chien battu !
Au son de la musique de Bernard Gérard,
la guerre va alors commencer,
avec un Colonel McLean qui va se la jouer Wellington,
mobilisant ses hordes de Beatles déchaînés !
Un véritable Blitz va se déchaîner sur nos français, avec des boums,
et autres explosions multiples et variées,
qui vont rendre la vie infernale à notre trio !
C'est alors le Léonard qui va proposer d'aller se réfugier chez sa femme,
Mme Michalon,
devant un duo ébahi ! Quoi, ce boulet aurait une femme ? Après maintes négociations, Lino//Beretto réussit à convaincre la donzelle de recevoir son fléau de mari !
Retraite campagnarde, à Villeneuve-Loubet, qui va donner un peu de répit au trio, et nouer une jolie relation entre Mireille Darc,
et Beretto !
Mais voilà, l'anglais ne laisse pas tomber,
et faute de négociation, le trio va passer à l'action !
Les anglais vont alors tellement morfler,
que le colonel va demander une paix !
Un dernier swing l'envoyant en enfer ...
sous l'oeil goguenard de nos deux compères !
Débarassés des britishs, le nouveau trio n'arrivera pas à se débarasser du fléau Michalon, viré par la porte d'entrée mais qui reviendra par la fenêtre !
Ne nous fâchons pas est donc une comédie policière totalement délirante, avec des dialogues d'Audiard jouissif, une musique beatlesque de Bernard Gérard, un trio Ventura/Constantin/Lefebvre hilarant, avec un Léonard Michalon, vrai star du film, faux-benêt et vrai boulet, qui déchaînera une nouvelle guerre de cent ans ! Il faut rendre ici hommage à Jean Lefebvre, auteur d'une géniale interprétation, certainement la meilleure de son irrégulière carrière, qui est resté dans les Mémoires !
La réalisation de Lautner est aussi bourré de clins d'oeil, avec ses nombreux gros-plans léoniens, son ironie mordante concernant les anglais, avec un Tommy Duggan dans un rôle de composition génial, poussant sa britisherie jusqu'à la caricature !
Il ne faut pas oublier tous ces seconds rôles aux gueules pas possibles, qui faisaient la richesse du cinéma français des années 50-60, très loins des acteurs formatés par les cours Florent, qui produisent, à la chaîne, des minets issus de la bonne bourgeoisie française ...certainement bon comédiens, mais tellement lisses par rapport aux Ventura, ancien catcheur, Constantin, ancien volleyeur ou un André Pousse, ancien cycliste ! Le cinéma français a gagné en professionnalisme ce qu'il a perdu en potentiel créatif, et d'une certaine manière, s'est coupé de la réalité populaire qu'il reflétait mieux, dans les années 50 et 60, réservant désormais ses atours à une petite caste de privilégiés, qui a annexé le cinéma depuis une trentaine d'années !