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5 juin 2011 7 05 /06 /juin /2011 09:33

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En 1977, Vittorio et Paolo Taviani sont récompensés par la Palme d'Or pour Padre Padrone. Le duo, venu au théâtre puis au cinéma sous l'influence du néoréaliste Roberto Rossellini, se voit consacrer par ce même Rossellini, alors président du Jury, ultime facétie du Maître italien.

Adapté du livre de Gavino Ledda, jeune berger sarde devenu linguiste, les frères Taviani vont narrer avec rigueur et émotion, le destin de ce garçonnet, arraché par son père de l'école,

 

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dès l'âge de 6 ans, affrontement violent entre deux légitimités, celle de l'institution scolaire incarnant l'Etat progressiste et modernisateur, à celle de la tradition immuable, moyen-âgeuse, des bergers sardes.

Terrorisé par ce "pater familias" qui reprend son du,

 

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Gavino, étreint pour une dernière fois son institutrice,impuissante,

 

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et s'en ira sous le regard de ses camarades, promis, bientôt, au même destin pastoral ! Galerie étonnante de portraits enfantins, noir de crasse,

 

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hirsute.

 

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.

Immaculé dans sa coiffe éphémère,

 

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Gavino, habillé tendrement par sa mère,

 

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va quitter le monde des hommes pour celui des hauts-plateaux, où le chuchotement du vent vaudra pour seule conversation.

Loin de la civilisation, son père, rude berger sarde,

 

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va lui transmettre le langage non écrit de la nature,

 

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alphabet immuable qui guide les pâtres depuis l'éternité.

Seul, avec ce patriarche taiseux, le jeune enfant est souvent laissé à lui-même, pour garder le troupeau, lorsque son père descend au village, sur un âne fatigué.

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Sur ces plateaux arides, parsemés de mauvaises herbes et de pierres blanches,le garçonnet, délaissé,

 

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n'aura que la compagnie des moutons en guise de sociabilité et les coups d'un père colérique qui ne supporte aucune incartade.

Face tuméfiée après une énième correction paternelle,

 

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Gavino est enchaîné à ses brebis dont il est la juvénile sentinelle,

 

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répétant, inlassablement, les gestes de la traite, comme ses ancêtres, jusqu'à l'âge de ses 20 ans.

 

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Le garçonnet est devenu un beau jeune homme, au regard bleu comme l'azur, qui fixe, d'un air songeur, l'horizon nuageux. Mais un curieux duo marchant au son d'un accordéon vont sortir Gavino de sa torpeur matinale,

 

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fasciné par l'instrument à vent qu'il obtiendra contre le sacrifice de deux agneaux. Mise à mort rituelle, quasi biblique, pour sceller un pacte secret avec le destin, le jeune berger se donnera à la musique, pour exorciser sa  sèche solitude et entonner de tristes mélodies, avec son nouvel ustensile, tranchant avec les sépulcrales polyphonies sardes, chansons séculaires des bergers, premiere entorse à la tradition.

 

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Le sort va alors prendre le visage d'une vendetta, touchant son oncle Sebastiano,

 

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victime d'une vengeance, occis pour une histoire d'honneur.

 

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Elle prend la forme d'une oliveraie qui tombe dans l'escarcelle familiale, consécration suprême qui doit faire de la tribu Ledda, des propriétaires terriens respectés. Mais le monde change, l'Italie s'ouvre au monde et à ses produits, l'huile d'olive se vend moins bien,et le froid exceptionnel d'un hiver rigoureux va avoir raison des oliviers. Le père va vendre une partie de ses terres et Gavino, l'aîné, partira à l'armée pour s'éduquer et devenir quelqu'un de respectable.

Parti de la société des hommes, dès l'âge de 6 ans, Gavino y retourne donc, 15 ans plus tard, illettré et apeuré, dans une caserne où le jeune berger a du mal à comprendre l'italien, ayant toujours parlé son dialecte sarde. Mais l'institution militaire si elle prône une obéissance stricte, ouvre Gavino sur des horizons nouveaux,

 

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qui vont désiller les yeux du jeune berger,

 

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plongé dans l'obscurité depuis tant d'années !

 

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Profitant de cette intermède militaire pour s'alphabétiser, pour apprendre le latin et le grec, le nouvel homme décide de défier le père et d'abandonner la carrière militaire, pour embrasser celle de linguiste.

 

ledda pere fils

 

Face à face délicat.Le fils servile va défier l'autorité du père, avec son costume de ville qui s'oppose à la traditionnelle veste pastorale. Défi insupportable, pour un "pater familias" tout puissant, véritable tyran domestique qui impose la loi à sa fratrie et qui ne saurait supporter une rébellion filiale ! Mais Gavino n'est plus ce jeune berger  analphabète enchaîné à des traditions obscurantistes,

 

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qui faisaient des hommes des serviteurs fidèles de la tradition familiale, immuable et pérenne. Le paysan, au contact de la modernité de l'armée, est devenu un citoyen, capable désormais de s'arracher à sa condition de berger, pour voguer sur d'autres horizons. Cette révolte radicale contre l'autorité parternelle et un destin tout tracé, lui coûtera les siens. Mais la liberté a toujours un prix surtout face a une tradition qui a 20 000 ans !


Les Taviani ont magnifiquement adapté cette histoire authentique, qui narre l'opposition entre la tradition et la modernité, entre la civilisation urbaine et les campagnes aux traditions séculaires, qui s'incarne dans la figure de Gavino, jeune berger sarde au regard intense. Dans la tradition naturaliste, ils nous font les portraits d'un monde pastoral qui se meurt, emporté par la centralisation étatique et la mondialisation, un univers silencieux et archaïque, seulement égayé par les chants puissants des bergers, où la loi patriarcale surpasse les règles étatiques. Il y a une ambiguïté fondamentale dans le film des Taviani, entre cette émancipation de Gavino, par le savoir, métaphore de la modernité triomphante, et la nostalgie de cette civilisation agro-pastorale qui se dissout sous les assauts de cette même modernité ...

 

 

 


 


 


 


 



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Published by Tietie007 - dans Cinéma Italien
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commentaires

ariaga 09/08/2011 17:02


Une bonne cure de cinéma ! amitiés.


nonobstant2000 23/06/2011 14:53


je n'avais jamais entendu parler de ce film !! Et il a l'air sublime..et oui, il y a eu de belles palmes à Cannes, mais c'était encore quand le cinéma voulait dire quelque chose, on applaudit le
Terence Malick mais c'est une sorte de valeur sûre, pensons aux réactions vis-à-vis de la Palme de l'année dernière..


Antoine 10/06/2011 13:02


On dira ce qu'on voudra et on critiquera de temps à autre (c'est-à-dire tous les ans ou presque) mais il y a quand même eu quelques belles palmes d'or à Cannes.


Edouard 09/06/2011 22:17


C'est bien, l'accordéon !


Catherine 08/06/2011 20:04


Je ne connais pas ce film mais le sujet m'intéresse.
D'après ce que je vois sur les photos, le père n'a pas beaucoup vieilli entre le moment où il est sur l'âne et le moment où son fils adulte le défie ;-)