Mardi 14 février 2012
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Tout le monde aujourd'hui vante le génie du Docteur Eastwood, qui aligne les films originaux à succès, comme Miniuit dans le Jardin du
bien et du mal, Invictus, Million Dollar Baby, et j'en passe.
La carrière de l'acteur-réalisateur, n'avait pas commencé sous les meilleurs auspices, puisqu'à l'époque où James Dean tournait La
fureur de vivre ou Géant, Mister Clint, lui, faisait une apparition dans la Revanche de la Créature, de Jack Arnold, qui ne sera pas restée dans les mémoires !
Ayant tapé dans l'oeil d'Arthur Lubin, homosexuel notoire, qui apprécie le physique
de l'acteur, Mister Clint va faire des piges pour le gay réalisateur, en alignant des rôles dans des films daubesques, qui le font même douter de son talent !
C'est la télévision et la série Rawhide qui va
lancer sa carrièr, qu'il tournera de 1959 à 1965, et qui le consacrera comme le plus sympathique garçon bouvier à l'Ouest du Pecos ! Mais Mister Clint en a
marre de la bouse de vache et il va faire une rencontre qui va boulverser sa carrière !
A l'époque, un certain Sergio Leone veut engager la star de la série Rawhide, Eric Fleming, pour un western italien "Pour une poignée de dollars". Ce dernier refuse cet obscur film
transalpin, préférant les sunlights d'Hollywood ! Ca sera la chance de Mister Clint, qui, peu intéressé par ce projet de série B, finira malgré tout par signer
...Faute de grives, on se contente de merles ! C'est le premier coup de chance de l'acteur, qui avec le rôle de "L'homme sans nom",
le cigarillo nonchalemment vissé et le poncho apprêté, va se faire un nom dans le cinéma européen, avec cette Trilogie du Dollar qui se finira par le
cultissime " Le Bon, la Brute, et le Truand" dans le rôle de
Blondin !
Mais la carrière post-Leone ne sera pas celle qu'il espérait ! La trilogie du dollar a surtout été un succès européen,
ignorée par les américains. De retour au pays, c'est loin d'être le paradis, et Mister Clint va tourner ses guêtres dans quelques films d'action où il va rosser du
teuton, comme dans le neigeux "Quand les aigles attaquent", et pousser la chansonnette dans le
folklorique "De l'or pour les braves" !
Mister Clint en profitera aussi pour tourner avec quelques belles blondes comme dans Pendez-les hauts et courts, de
Ted Post, où il était le chevalier servant de la magnifique Inger
Stevens, qui se suicidera peu après,
puis dans la Kermesse de l'Ouest, de
Josuah Logan, western musical, vrai désastre financier, où l'acteur supportera les agapes éthyliques d'un Lee Marvin tout le temps bourré et se
tapera Jean Seberg, ce qui amènera l'écrivain Romain Gary à le provoquer en duel !
Bref, en 1970, à part des films de série B, Mister Clint est loin du futur Docteur Eastwood ! Un personnage
récurrent va alors lancer définitivement sa carrière ...L'inspecteur Harry ! Flic rebelle, n'ayant pas peur de faire le coup de feu, trucidant les truands et défenseur
de la veuve et de l'orphelin, L'inspecteur Harry, réalisé par son ami Don
Siegel, ne fait pas dans la dentelle, faisant l'apologie du "dent pour dent" et de la légitime défense et qui fut traité, par certains critiques européens, de "film
fascisant" ! Mais, en 1971, l'Amérique blanche totalement déboussolée par la guerre du Viet-Nam a besoin d'un héros, et ce héros, ça sera Harry Callahan
avec son Magnum, symbole phallique d'une Amérique en mal de virilité !
De ce premier opus, je n'en garderai que la belle BO de Lalo Schiffrin, très jazzy, comme l'aimait Mister Clint
!
Car le reste se résume à un mauvais film de baston que Chuck Norris n'aurait pas désavoué !
Personnage récurrent, après le succès initial, Harry Callahan butera des flics ripoux, dans Magnum Force, en 1973, avec toujours le belle musique de Lalo en intro, pour le plus
grand plaisir de Mister Clint !
Le culte du Magnum va continuer dans L'inspecteur ne renonce
jamais, où Mister Clint va savater des terroristes blonds, aussi ridicules que folkloriques !
Et ce ne sera pas Sudden Impact, en 1983, qui relèvera le
niveau !
Mais ces années 70, parsemées de bonnes grosses bouses, style, "Doux, dur et dingue" ou "Ca va cogner", "La sanction", voient aussi
émerger la face cachée de Mister Clint, une sensibilité décalée comme dans "Josey
Wales, hors-la-loi", peut-être le plus beau western du Docteur Eastwood et qui annoncera des lendemains qui chantent !
Les années 80 seront en clair-obscur, avec de vraies réussites, comme Bird, où Docteur Eastwood narrera la vie de
Charlie Parker, déclaration d'amour au jazz, qui côtoierons de vrais bouses, comme La dernière cible de Buddy Van Horn, dernier opus
(ouf !) de l'inspecteur Harry Callahan ou La Relève, avec Charlie Sheen, qui prenait déjà le marquage au sol pour des
lignes de coco !
Mais c'est dans les années 90 que Mister Clint va faire sa mue, se transformant à un Docteur Eastwood ! C'est
d'abord le magnifique Impitoyable,
que j'ai vu à Varsovie, en anglais, sous-titré en polonais ! Ici, la mue eastwoodienne est patente, puisque l'on passe du héros énigmatique de Josey
Wales ou de Pale Rider à un anti-héros looser qui tranche avec les personnages habituels de Mister Clint ! Suivrons, dans cette décennie inégale, le
curieux Il est minuit, dans le jardin du bien et du mal.
Comme le bon vin, Docteur Eastwood va se bonifier avec le temps, en nous offrant des films inspirés et originaux, de Mystic
River à Million Dollar Baby, en passant par Gran Torino !
Carrière très inégale que celle du grand Clint Eastwood, entre nanars et chefs d'oeuvre, films de baston sans intérêts reflétant sa
morale très conservatrice et oeuvres originales, à la sensibilité exacerbée !
Pour moi, il restera toujours Blondin, énigmatique personnage plein de cynisme dans Le bon, la brute et le truand !