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1 septembre 2009 2 01 /09 /septembre /2009 05:56



Blow up arrivé après la tétralogie antonionienne composée de L'avventura, de La nuit, de L'Eclipse et du Désert rouge. Variation itérative sur la difficulté à communiquer, ces 4 opus michanlegeliens se singularisaient par des langueurs infinies et des denses silences. Venu du néo-réalisme, comme Visconti, Antonioni prendra une autre voie que le réalisateur de Mort à Venise, préférant le dépouillement quasi-abstrait au décorum pictural d'Il Gatopardo et consorts.
Loin de la comédie à l'italienne qui se déploie avec vigueur, dans les années 60, sous l'impulsion de réalisateurs inspirés comme Risi, Scola ou Monicelli, proche du cinéma de Fellini, par sa modernité de ton, mais se singularisant par une gravité absente des longs métrages de Federico, Antonioni est un réalisateur unique dans le paysage cinématographique de l'époque, classique dans la forme et radicalement post-moderne dans le fond !
Car si le style reste assez classique, la narration, sans chair, nous présente des personnages désincarnées, des êtres sans but, vivant au gré des rencontres dans un univers urbain artificiel, qui nouent des relations éphémères, glissant sur un réel d'une densité effrayante.
Blow Up met en scène un photographe, jeune éphèbe branché dans le milieu de la mode londonien, entouré de beautés nordiques, dans son studio 39,



 dont la superbe Vera von Lenhdorff, mannequin allemand fille d'un Comte qui fut résistant au nazisme.



Pose lascive et sophistication érotique,



le photographe fait corps avec son modèle,



le chevauchant le temps d'une fugace étreinte !



Silence de la séance, indifférence qui succède à l'argentique intensité, toute la quintessence antonionesque est dans ce paradoxe !
Photographe habité par la pellicule,



évoluant dans un diaphane univers,



entouré de modèles chromés,



Thomas épuise sa vie dans l'écume de la pellicule, serial-priseur à l'affût d'une couleur, d'une pose ... C'est au détour d'un jardin anglais que l'image d'un couple l'hypnose,



inconnus jouant une scène si commune, des jeux de l'amour et du hasard,



sous l'oeil de l'avide objectif, voleur de couleurs !
Mitraillage qui n'a pas l'air de plaire à la demoiselle qui poursuit le photographe de ses assiduités pour récupérer l'image évanescente d'un bonheur volé.



Hélicoïdale attente,



négociations hésitantes,



libertinage assumé,



pour cette pellicule virginale qui doit livrer son secret. Début d'histoire qui n'est qu'un prétexte, pour Antonioni, variation sophistiquée et monotone sur l'écume des jours, sur l'absurdité du monde qui s'épuise dans cette hélice seule et inutile, dans ce loft londonien voué à l'artifice.



Vous aurez compris que cet opus antonionien n'a pas vraiment d'histoire, dans la trace de l'antécedante tétralogie, Antonioni, avec un beau sens de la couleur, sous des rythmes de jazz newyorkais, nous livre un objet curieux, dont la densité existentielle tranche avec la futilité du propos !
Bref, j'aime bien ce cinéaste italien capable de filmer la vacuité avec un talent inégalé et donner à l'ennui des atours bien spirituels, pour un Blow Up, palme d'or du Festival de Cannes en 1966, qui n'a pas pris une ride au niveau de sa modernité. Pour d'autres, la plupart, certainement, il sera un élégant somnifère pour passer une douce nuit.
Dépressif s'abstenir !



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Published by Tietie007 - dans Cinéma Italien
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commentaires

Chrischambers 28/03/2011 17:50


Une très belle analyse de cette palme d'or 67 et non 66. Merci ègalement de parler en dètail de la pose photo entre Veruschka von Lehndorff et David Hemmings...


01/10/2009 10:10


J'avoue avoir eu beaucoup d'appréhension avant de voir le film, mais curieusement il est plaisant et presque "commercial" dans la carrière du réalisateur. Il aurait pu être réalisé par un autre en
fait...une parenthèse dans la carrière du réalisateur, mais son plus gros carton au box office parisien ! Vanessa REDGRAVE est fascinante !


alexandre clement 17/09/2009 06:27

Antonioni ! On ne sait pas par quel bout le prendre celui-là ! Blow Up est étrange, mais on reste toujours un peu en dehors du film. De tous les "Antonioni", finalement le seul qui a vraiment resisté au temps c'est "L'éclipse". Mais ça c'est grâce à Delon.

Tietie007 20/09/2009 08:53


...et à Monica Vitti ...J'aime beaucoup Gabriele Ferzetti aussi. Antonioni peut être,
comme disait Gassman dans le Fanfaron, un puissant somnifère, mais le réalisateur italien à un je-ne-sais-quoi pour filmer le presque-rien
!