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6 juillet 2009 1 06 /07 /juillet /2009 18:50



Au-delà des superbes paysages du Wyoming, L'homme des vallées perdues, de l'ancien directeur de la photographie George Stevens, se distingue par le point de vue qui prend les yeux d'un garçonnet, Joey. Le petit blondinet, interprété par Brandon de Wilde, fils d'un couple de petits fermiers partis vers l'Ouest, pour une vie meilleure, ouvre et concluera le film, ouverture et final se rejoignant comme si le récit n'avait été qu'un rêve d'enfant.



A la présence enfantine, va répondre l'image du cow-boy solitaire, , sans racine et sans famille qui déambule dans l'Ouest sauvage, et qui prendra le visage angélique d'Alan Ladd. Shane,




qui deviendra vite le père fantasmé du petit Joey, fasciné par le pistolero frangé, plutôt que par son fermier de père.




La petite famille, dirigée par Van Heflin, dont le physique correspond tout à fait à l'archétype du bonhomme laborieux, fleure bon, avec sa blonde épouse, Jean Arthur,  le doux bonheur rupestre, si ce n'était la présence d'un gros éleveur qui désire faire partir toute cette piétaille pour agrandir sont déjà immense domaine.




Le décor est planté, et le thème du film sera la lutte sans merci entre un grand propriétaire terrien, sans foi ni loi, et de pauvres fermiers, sans le sou, à la merci des hommes de main du seigneur du coin. Un des thèmes récurrent du western classique, les petits contre le grand, le pot de terre contre le peau de fer, dialectique qui se greffera sur le duel à distance entre Shane, homme providentiel désintéressé, défenseur de la veuve et de l'orphelin, probable ancien pistolero sur le chemin de la rédemption, qui surgit de nulle part,





et l'image du tueur à gages, cupide et cruel, qui prendra le visage émacié d'un certain Jack Wilson joué par un certain Jack Palance !



Palance le tueur, contre Ladd le rédempteur ! Ce duo qui met en jeu deux figures symboliques du Bien et du Mal, va structurer tout le film, jusqu'au duel final ! Intrigue classique, me direz-vous ...Certes, mais transfiguré par l'interprétation d'un jeune premier diablolique qui sera abonné aux rôles de "méchants" du cinéma américain, et qui consacrera, avec ce film, l'archétype du tueur ricanant, plein de sang froid, sadique, qui aime jouer avec ses faibles adversaires, promis à l'abattoir, les tuant dans un sourire pervers !



Palance, géant filiforme, dont Stevens accentuera  le côté effrayant, en lui adjoignant un cheval moyen qui lui faisait presque toucher les pieds par terre.

En face du terrifiant tueur, Alan Ladd, star déclinante, qui connut son heure de gloire dans les polars des années 40, avec sa femme, la platine blonde Veronika Lake, figure angélique, presque enfantine, qui fera donc face au terrible "hitman", pour prix de sa rédemption.
Jack Ladd, Alan Palance, oxymore singulier, soleil noir qui épuisera la narration du film dans le duel final, face to face qui transcendera les codes du western classique, que L'homme des vallées perdues reprend, de manière caricaturale, encensant les valeurs familiales, l'amour de la patrie, le respect de la parole donnée ou la nécessité laborieuse.

Duel au crépuscule, avec un Shane qui part seul vers son destin, poursuivi par le jeune Joey et son chien, affrontement inégal, à un contre tous,


sous le regard médusé du jeune garçon,



qui assistera à la fin de Jack Wilson, à la victoire du Bien sur le Mal, dans un éclair de fumée foudroyant qui occira le tueur sardonique !



Shane a accompli sa mission et comme tous les cow-boys solitaires se doit de partir au loin, la fermière communauté ayant retrouvé la quiétude tant désirée, malgré les suppliques du jeune Joey ...



Le jeune homme aura beau crier son amour pour Shane, il n'évitera pas le lonely cow-boy de disparître dans le crépuscule horizon !



Alan Ladd est mort, 13 ans plus tard, rongé par l'alcoolisme, ange déchu victime du système hollywoodien, Brandon de Wilde, le jeune Joey, disparaîtra, à l'âge de 30 ans, en 1970, fauché en pleine jeunesse par un accident de voiture ... Mais il m'arrive parfois, d'entendre cet écho lancinant, un Shane porté par une voix d'enfant, écume mémorielle, qui reflue du rivage de mon enfance.

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Published by Tietie007 - dans Western américain
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commentaires

ta d loi du cine 17/07/2009 18:21

Je me rappelle avoir "lu" d'abord ce Western en vieille Bibliothèque verte (Jack Schaefer); et j'avais été particulièrement frappé par la scène de la vieille souche... Je l'ai retrouvée dans le film, me semble-t-il, quand je l'ai enfin vu, des années plus tard!

alexandre clement 17/07/2009 06:25

"Shane" est effectivement excellent. A voir et à revoir.